Bath : bains romains, sociabilisation élitiste et gros glands

l'abbaye en face, les bains romains et leur salle de restaurant à droite

l’abbaye en face, les bains romains et leur salle de restaurant à droite

Bath street nightClassée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1987, la ville de Bath vous fait payer ses particularités au prix fort. En effet, les tarifs pratiqués tant par les auberges que par les restaurants et les musées sont souvent plus élevés qu’à Londres, dont la cherté est pourtant réputée. Néanmoins la ville peut être sympa à visiter, pour peu qu’on profite des tours gratuits organisés par les guides locaux ou qu’on accepte certaines concessions comme manger à l’heure des poules histoire de bénéficier des réductions inhérentes aux « early dinner » .

Habitée dès la préhistoire, la région dispose des seules sources chaudes du pays et base d’ailleurs l’essentiel de son activité économique dessus depuis plusieurs siècles. Quand les Romains envahissent le sud de ce qui deviendra un royaume à l’union toute relative et ont vent de cette particularité géothermique, ils décident de squatter la population bretonne locale et de se construire de quoi faire trempette dignement (aujourd’hui c’est 14,50£ l’entrée de leur baignoire donc y’a plutôt intérêt à ce qu’ils y aient mis du cœur). Le culte en place étant dédié à Sulis, une déesse nourricière et guérisseuse qui serait à l’origine du don aux hommes de ces sources chaudes, les Romains – pas bêtes – décident d’assimiler Sulis à Minerve (oui ce choix peut ne pas sembler particulièrement intuitif mais bon pourquoi pas) et de rebaptiser la ville Aquae Sulis : « les eaux de Sulis », conservant ainsi la culture en place en la codant toutefois avec leur propre langue. Pas de photo des bains désolée parce que franchement payer plus de 20€ me faisait trop mal à la dignité et j’avais de toute façon plus de sous le dernier jour, pour les curieux y’en a plein Google donc n’hésitez pas à lui demander.

le pont Pulteney, achevé en 1774

le pont Pulteney, achevé en 1774

Après la chute de l’Empire romain d’Occident au Vème siècle et le départ de ses ambassadeurs en tongs et jupette, les constructions romaines sont délaissées, tombent en ruine et finissent par être ensevelies. En effet, à cause des crues jadis récurrentes de la rivière Avon voisine, les couches de sédiments s’accumulent et bientôt la présence romaine n’est plus attestée que par des restes de murailles qui seront de toute façon recyclées, notamment pour bâtir un nouveau mur d’enceinte et un monastère.

l'Union Jack c'est pour les chochottes

l’Union Jack c’est pour les chochottes

En 1088, Guillaume le Roux, fils de l’envahisseur Normand du même prénom, nomme Jean de Tours (alors médecin de la cour) évêque de Wells et Abbé de Bath après que ce dernier ait acheté (ou se soit vu donner, l’histoire n’est pas claire) la ville elle-même ainsi que les terres de son abbaye. Afin d’assumer la pleine mesure de sa nouvelle fonction, Jean fait commencer la construction d’une cathédrale flanquée d’un modeste palais pour sa toute aussi modeste personne. Il ne restait pas grand chose sur place suite à la guerre menée pour déterminer l’héritier de Guillaume (père), aussi les infrastructures autour des sources chaudes sont-elles réaménagées allant jusqu’à s’enrichir 100 ans plus tard d’une des plus vieilles maison-dieu du pays : l’hôpital saint Jean.

Humilité, je sculpte ton nom dans la pierre

Humilité, je sculpte ton nom dans la pierre

Malheureusement, la cathédrale n’a pas survécu aux dégâts du temps comme de l’abandon et l’on ne peut aujourd’hui profiter que de sa successeuse : l’abbaye édifiée sous les ordres de l’évêque local Oliver King tout début XVIème. La désignation de la bâtisse comme « abbaye » est abusive car le bâtiment n’est désormais plus qu’une cathédrale, mais le guide nous a expliqué que le premier terme étant plus vendeur, c’est celui qui a été conservé. C’est également à cet Oliver King qu’on doit la décoration extérieure un peu particulière issue d’une vision où des anges lui seraient apparus en train de monter et descendre d’une échelle, et aussi parce que pour être sûr qu’on se rappelle bien de sa grosse humilité il a fait sculpter plusieurs oliviers couronnés et surmontés d’une coiffe d’évêque sur la façade (en référence à son prénom « Oliver » comme l’arbre « olivier » en français, à son nom « King » signifiant « roi » ainsi qu’à sa fonction religieuse).

 mais oui, c'est tout à fait comme ça qu'on descend d'une échelle quand on a des ailes, pas de problème

mais oui, c’est tout à fait comme ça qu’on descend d’une échelle quand on a des ailes, pas de problème

intérieur de la mairie, conçue par Thomas Baldwin et Thomas Attwood

intérieur de la mairie, conçue par Thomas Baldwin et Thomas Attwood

La popularité de la ville décolle réellement au XVIIIème siècle, lorsque l’élite de la nation vient y développer son réseau d’influences sous couvert de profiter des sources thermales. La ville devient très riche, notamment grâce aux jeux d’argent organisés par Richard Nash (1674-1761), maître des cérémonies de la ville, dans le but certes de distraire tout ce beau monde entre un bal et une énième immersion dépurative mais surtout de le délester de son excédent monétaire. Afin d’accommoder au mieux tous ces saisonniers aisés, la ville entreprend également de grands travaux sous la direction d’architectes qui s’appelaient presque tous pareil : Thomas ou John Wood. Ainsi poussent par exemple les bâtiments désormais emblématiques de la ville : le croissant et le cirque. Tout est en styles géorgien / néoclassique / palladien plutôt mochissimes mais y’a des gens qui aiment alors admettons.

conçu par John Wood le Jeune, fils de... John Wood le Vieux

conçu par John Wood le Jeune, fils de… John Wood le Vieux

Pour l’anecdote célébrités : Jane Austen trouvait la ville ennuyeuse mais aimait beaucoup ses galeries marchandes.

Bladud au parc avec un cochon content

Bladud au parc avec un cochon content

Et pour l’anecdote architecture : le cirque, conçu par John Wood le Vieux, est composé d’un cercle de bâtiments à trois étages dont les façades présentent trois styles de colonnes différents (dorique, composite et corinthien) ainsi que des glands surdimensionnés au niveau du toit. Cet élément végétal peut sembler inattendu de prime abord mais est en fait une référence au mythe de la fondation de la ville. En effet, la légende veut qu’au IXème siècle avant Jésus Christ le prince Bladud (il n’a pas choisi son prénom), alors lépreux, soit chassé de chez lui par son père et se trouve obligé de garder des cochons pour assurer sa survie. Manque de chance, à son contact, les animaux deviennent également malades et le prince commence un peu à paniquer. Un jour qu’il les suivait dans leur chasse aux meilleures racines, ces derniers se jetèrent soudain dans des marres de boue chaude pour atteindre la réserve mondiale de glands située de l’autre côté. Un peu inquiet, Bladud va inspecter les bestioles pour vérifier qu’elles ne se soient pas blessées dans leur enthousiasme gustatif et quelle n’est pas sa surprise de constater que la maladie quitte les bêtes en même temps que la boue qui les recouvrait. Tout joyeux, il en profite pour se soigner, rentrer chez son paternel, devenir calife à la place du calife et engendrer le roi Lear dont parlera plus tard Shakespeare. Pif paf pouf.

Enfin, bonne nouvelle : le printemps est arrivé !

Bath spring

J’expliquerai dans le prochain article pourquoi j’ai mis si longtemps à poster celui-ci parce qu’il est déjà bien trop long pour faire ça là.

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Stonehenge ou les pierres suspendues

en plus on a eu beau temps

en plus on a eu beau temps

A une heure de Bath environ se dresse l’un des sites les plus visités et mystérieux d’Europe. Mystérieux car il résiste encore et toujours aux interprétations, essentiellement par manque de bâtiments comparables qui permettraient de se faire une meilleure idée de sa fonction comme de sa construction, et visité parce que le gouvernement britannique a compris très tôt l’intérêt financier d’un tel édifice (et aussi peut-être grâce à son classement au patrimoine mondial de l’UNESCO).

la pierre-talon (heelstone) dont l'installation, vers -2600, remonterait au néolithique

la pierre-talon (heelstone) dont l’installation, vers -2600, remonterait au néolithique

Stonehenge est au nord de Salisbury, accessoirement la gare la plus proche, et plutôt enquiquinant d’accès lorsque l’on se trouve fort dépourvu niveau véhicule motorisé. C’est pourquoi moult entreprises se disputent le créneau à coups de minibus façon cliché du touriste en vadrouille. Le Bob et je avons préféré le violet, unanimement élu meilleur rapport couleur/durée de visite sur le site par mon compte en banque. En effet, là où les tours laissent en général 1h30 de visite à leurs clients, Scarper Tours nous laissait deux heures. Et qui a déjà visité quoi que ce soit en ma compagnie sait que je me fait régulièrement dépasser par des escargots exaspérés, nous avons donc anticipé. Comptez tout de même 32£ par adulte et 29£ par étudiant, mais le prix d’entrée à Stonehenge est inclut et ça reste à la fois moins cher et plus rapide que la combinaison du train et du bus.

Le site est constitué de différentes zones, chacune remontant à une époque différente (c’est à dire se trimballant sur un éventail qui va de de -8000 à -1600 quand même – le caillou : un investissement pour l’avenir) et ayant été pour certaines réaménagées plus ou moins radicalement par leurs visiteurs successifs, notamment la première guerre mondiale par exemple. En effet, au-delà du célèbre cercle de pierres levées qui est déjà en lui-même un sacré patchwork, plusieurs pierres et divers monticules participent à la particularité de l’endroit ; le tout sous le désintéressement total des moutons locaux. Les premières traces semblent indiquer un lieu prisé pour le stockage de restes humains : cimetière ou planque des ancêtres d’Hannibal et Dexter ? Nous ne le saurons jamais. Par honnêteté intellectuelle je me dois cependant de préciser que les chercheurs ayant travaillé sur la question pencheraient a priori pour la première hypothèse, malgré son manque évident de piquant.

un percuteur en sarsen avec une tête sympa, utilisé pour façonner les pierres dressées, visible au musée, 11kg

un percuteur en sarsen avec une tête sympa, utilisé pour façonner les pierres dressées, visible au musée, 11kg

la pierre des sacrifices et les fossés avec petits talus

la pierre des sacrifices et les fossés avec petits talus

En fonction de la période historique donc les constructeurs ont préféré utiliser du bois (il n’en reste rien), des pierres de sarsen (du grès formé sur de la craie typique de cette région de l’Angleterre : les plus massives, qui enceignent le site), de la pierre bleue (du calcaire : ce sont les plus petites de l’édifice) ou du grès (la pierre talon à l’extérieur mais aussi une pierre au sol que je n’arrive pas à distinguer sur les différents plans et ça m’agace donc mettons juste qu’il y a du grès). En restant, bien sûr, d’une précision géométrique et astronomique à faire pleurer ceux d’entre nous qui ont déjà du mal à ne pas perdre le nord.

les tumuli du Cursus de Stonehenge

les tumuli du Cursus de Stonehenge

Grâce au musée situé à l’accueil du site, juste à côté du point de départ des navettes qui rejoignent les pierres, on peut visualiser une reconstitution des différents stades vécus par le monument à travers l’histoire projetée à 360° avec un bonus musique mystique. Ledit musée présente également divers outils de construction et poteries déterrés sur place ainsi que des squelettes humains issus des fossés et un exposé de l’usage militaire du site lors de la première guerre mondiale : un vaste camp d’entraînement, pour résumer.Stonehenge tank crossing sign

Les environs sont d’ailleurs toujours utilisés par l’armée, comme en attestent les hélicos qui s’y promènent ou les panneaux « traversée de tank » ► Désolée pour la floutitude, le Bob a fait comme il pouvait depuis l’arrière du minibus sur ressorts.

Le nom, enfin, viendrait du vieil anglais mais sans conclusion unanime sur la question et pourrait signifier « pierres suspendues » , en référence aux pierres de sarsen à cheval sur leurs copines dont il ne reste certes que peu de représentantes aujourd’hui. Ou bien faire référence à un gibet, au choix.

c'est très aligné pour de vrai

c’est très aligné pour de vrai

De nos jours des fêtards de tous bords s’y réunissent pour les solstices, histoires de profiter des alignements bien pensés, ou lors d’occasions un brin plus exceptionnelles comme la fin du monde de 2012, racontée sur Vice sous ce lien.

Et pour le quota poulet : les corbeaux gardiens des lieux et des casse-croûtes des touristes, dont une des employés a dit qu’ils reconnaissaient les chauffeurs de navettes qui les nourrissaient régulièrement (même de loin alors qu’ils conduisent et portent l’uniforme)

Stonehenge crowsA venir : la ville de Bath, le marché de noël de Manchester si je trouve le courage, la suite du gallois et autres joyeusetés !

Le château de Conwy

Vue depuis la tour des appartements royaux

Vue depuis la tour des appartements royaux

Ou « Castell Conwy » en gallois, jusque là ça va. Construit à la fin du XIIIème siècle  grâce à 15 000 livres réquisitionnées par Édouard Ier auprès de ses sujets (soit l’équivalent de 45 millions actuels), il est désormais classé au patrimoine mondial de l’Unesco parce qu’exemple remarquable de l’architecture militaire européenne de cette période. Je ne connais rien en châtellage mais il m’a semblé plutôt bien conservé pour son âge, hormis son absence évidente de toiture.

Conwy castle reception roomConwy castle arch

Entrée cozy – la tour du roi est tout au fond en face

Conwy rainbow flag dragon versionIl domine la ville de Conwy, enclave en bord de mer ceinturée par une haute muraille en pierre sombre et glissante qu’on peut encore emprunter aujourd’hui si on aime particulièrement les marches moussues et se faire insulter par des mouettes. La ville en elle-même est accessible en train à des horaires complètement farfelus, mais le château est proche de la gare et ne coûte pas un bras à visiter (6,70£ par adulte – contre 4,70 en 2008, hohoho – et 5,10£ pour étudiants et autres rase-moquette). En plus y’a plein de restos italiens qui font des pizzas, la maison la plus petite du Royaume-Uni (j’ai complètement oublié de prendre une photo désolée) et le premier (et seul à ce jour) rainbow dragon flag que j’ai vu ►

Conwy castle interiorAu sein du château, on peut remarquer un certain esprit pratique : la salle de réception donne par exemple directement sur les cachots via un escalier et la chapelle privée est à environ une quinzaine de pas de la tour du roi (quoique son public soit encore trop plébéien pour les fessiers royaux qui se sont donc fait bâtir un pièce surplombant la-dite chapelle afin de pouvoir prier sans avoir à mélanger leur latin à celui des gueux à sang bleu). S’il a initialement servi à asseoir la conquête anglaise sur le Pays de Galles, Castell Conwy a par la suite été assiégé, voire capturé et occupé par des indépendantistes, entres autres personnalités controversées, et son état actuel est largement dû à des destructions volontaires réalisées courant XVIIème afin d’empêcher les rebelles divers et avariés (rois du pays comme opposants locaux) de mettre la main sur une place forte à la vue sympa.

Malheureusement, les touristes étant les mêmes partout, tous les endroits où il est possible de « jeter un truc pour voir » se trouvent remplis de saloperies…

For the well is deep, and full of bottles

For the well is deep, and full of bottles

Et comme les Gallois ont beaucoup d’humour, afin d’assurer la « présence fantomatique » de ce cher Edouard, ils ont installé une reproduction de sa tête dans son ancienne chambre :

Conwy castle kind Edward head

L’abbaye du Mont Saint-Michel

Mont Saint-Michel abbeyL’accès à l’abbaye est payant selon la tarification en usage dans les musées nationaux français (sans réduction étudiante).

Mont Saint-Michel abbey boatÇa grimpe et n’est donc, comme le reste du Mont Saint-Michel, pas accessible aux personnes ne pouvant bien marcher ; je suppose que c’est faisable avec une canne mais ça doit nécessiter une patience inversement proportionnelle à la vitesse de progression moyenne.

Depuis le parvis de l’abbaye on a une jolie vue sur la baie en contrebas, et la bâtisse en elle-même est plutôt belle et sobre. Des retables, peintures et bas-relief majoritairement des XV et XVIème siècles, y sont exposés, ainsi qu’un bateau suspendu qui prend la poussière ▲ Au dos de la croix de l’autel Seth latte Apophis :

Mont Saint-Michel abbaye cross

Mont Saint-Michel cloister insidePour poursuivre la visite vers le cloître (avec jolie vue sur la baie protégée par plexiglas) il faut obligatoirement traverser le magasin établit dans le chemin de ronde, tout va bien. Ensuite, on peut entrapercevoir un petit jardin habilement négocié sur les hauteurs du Mont, entre un escalier de pierre et un mur du monastère, avant d’accéder aux cuisines et réfectoires dotés de cheminées dont il est dit qu’elles peuvent accueillir une vingtaine d’êtres humains (ce qui est une unité de mesure étrange, j’en conviens, mais après tout pas si surprenante venant de nos amis chrétiens adeptes de l’amour vache).

Mont Saint-Michel gardenAprès avoir déambulé entre trente-douze escaliers et redescendu progressivement l’intégralité de ce qu’on s’était enquiquiné à grimper à travers un GRAND cellier (doté d’un habile système de cordes et poulies pour remonter les chariots de chargement de picole sans devoir se taper une escalade bonus avec portage de tonneaux sur le dos), une aumônerie, une salle des gardes, des chevaliers, des hôtes, et un tas d’autres avec des noms farfelus on arrive à la petite église de Notre-Dame-sous-Terre (celle avec une double nef construite par les bénédictins à leur arrivée) puis à la crypte des gros piliers (elle s’appelle vraiment comme ça) dans laquelle se trouve une vierge noire un brin poussiéreuse mais jolie quand même (supposément en l’honneur de la chapelle / église de Notre-Dame-sous-Terre sauf qu’elle est pas dans la bonne salle donc euh… ? ) :

Mont Saint-Michel Black MadonnaPour le quota poulets :

Mont Saint-Michel birdMont Saint-Michel birdz

Le Mont Saint-Michel

Mont Saint-Michel view

Ou « Mont Tombe » avant 709. Classé au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO depuis 1979, ce gros cailloux surmonté d’un tas de plus petits cailloux plus ou moins bien agencés est ironiquement l’incarnation exacte de l’opposé de cette scène biblique (quelque peu modernisée) :

je n'arrive pas à trouver l'auteur de cette œuvre donc n'hésitez pas à faire signe si vous avez une idée !

je n’arrive pas à trouver l’auteur de cette œuvre donc n’hésitez pas à faire signe si vous avez une idée !

Mont Saint-Michel high prices croissantAyant débuté comme ermitage puis simple lieu de pèlerinage, il devint un refuge pour les habitants du coin fuyant les envahisseurs vikings (du IX au XIème siècle) et une ville profane s’y développe alors en sus des religiosités en place. Depuis, les choses sont allées de mal en pis et l’endroit est désormais un des cercles de l’enfer en plus d’être le repaire démoniaque des croissants les plus chers de France (NON MAIS ÇA VA PAS LA TÊTE ?!? TROIS EUROS ?!? Il a été directement façonné par le souffle divin ou quoi ?).

amis agoraphobes, préparez-vous à des instants difficiles

amis agoraphobes, préparez-vous à qulques instants difficiles

Tout commence on ne sait trop quand, alors que des religieux qui n’aiment pas trop les gens s’exilent pour une plus ou moins longue durée sur ce cailloux, désormais perdu au milieu d’une baie ensablée mais à l’époque tout à fait connecté au reste des terres (via une épaisse forêt, bon). C’est l’évêque Aubert d’Avranches (660-725) qui suite à des visions lui enjoignant de (faire) construire un oratoire à Saint-Michel (le premier dovakhiin de nos contrées), renommera l’îlot comme il lui plaît sans demander l’avis de personne parce que franchement pourquoi s’embêter en plus un ange lui a touché le front. En effet, il a vu Saint-Michel triompher d’un dragon à l’emplacement du Mont Tombe, signe indiscutable que les requêtes des paysans locaux au sujet des menaces envers leurs troupeaux allaient être réglées. Dans la foulée il fait arracher une stèle païenne qui se trouvait là et envoie deux moines piquer des reliques en Italie (au Mont Gargan) parce que tout le monde sait que ça donne des points bonus au karma.

autel de l'église paroissiale dédiée à Saint-Pierre

autel de l’église libre d’accès dédiée à Saint-Pierre

Mont Saint-Michel bay viewComme les chapelles, sanctuaires et oratoires c’est bien mignon mais pas tellement grandiose, les carolingiens agrandissent et développent peu à peu les constructions pour montrer leur grosse piété. Notamment Charlemagne (742-814), qui avec son étouffante humilité décide unilatéralement que Saint-Michel sera le protecteur de son empire. Grâce à la stabilité politique obtenue durant le règne de ce dernier, le Mont Saint-Michel (alors plus couramment appelé « Mont Saint- Michel au péril de la mer ») devient un haut lieu d’étude, de prière et de vie monastique.

Manque de chance, avec le bazar qui a suivi le décès de l’empereur, les vikings en ont profité pour venir promener leurs voiles dans les environs et les religieux se sont courageusement sauvés, abandonnant l’endroit aux bons soins des populations qui fuyaient elles-mêmes les incursions sur la côte. Une fois la situation stabilisée, à la fin du Xème siècle, il a été très difficile de remettre les religieux au travail dans un environnement monastique vu qu’ils s’étaient rendu compte qu’en fait la vie d’hérétique privilégié c’était plutôt pas mal.

Mont Saint-Michel roofMont Saint-Michel entrance

Fatigué de voir les moines déserter les lieux de cultes et dépenser la générosité des princes en conneries clinquantes Richard Ier (930-993), duc de Normandie, refila l’endroit aux bénédictins et signifia aux religieux sur place d’adopter le mode de vie approprié ou de s’en aller. Un seul resta, mais c’est déjà pas mal, vu comme ils se tapaient tous la cloche depuis déjà quelques années.

Mont Saint-Michel vitrail église Saint-Pierre

vitrail de l’église dédiée à Saint-Pierre

Faut bien comprendre aussi qu’aux bénédictins les fanfreluches et la débauche c’est pas vraiment leur truc, ils sont plutôt monotâches de la quête mystique façon tongs et robe de bure, les anciens occupants avaient donc beaucoup à perdre (en plus de leur âme pour laquelle il était déjà bien trop tard). Donc en 966 l’abbé Maynard Ier s’installe et l’abbaye du Mont Saint-Michel est fondée. Les moines ajoutent également plusieurs constructions aux précédentes augmentations (dont l’église à double nef de « Notre-Dame-sous-terre », assez classe il faut admettre) ce qui fait que le Mont Saint-Michel commence à ressembler à un saint patchwork granitique à multiples excroissances de style variable. Mais au moins maintenant il a une belle église établie au sommet de la montagne, ce qui est une démonstration non négligeable du fait qu’exploiter le corps et le temps des autres pour instaurer ses propres fantasmes caillouteux fait partie intégrante de la conception chrétienne de la vie en communauté comme de la spiritualité. « Aimez-vous les uns les autres mais ne montrez rien c’est dégueulasse et construisez-nous des gros machins pour que tout le monde constate notre énorme dévotion« .Mont Saint-Michel cloister

Au tout début du XIIIème siècle, le duc de Bretagne Guy de Thouars est envoyé par le roi Philippe-Auguste (aka Philippe II) pour bouter l’Anglais Jean-sans-terre hors de France en affaiblissant ses fiefs. Il se jette sur le Mont Saint-Michel mais, ne parvenant pas à s’emparer de l’abbaye, tue tout le monde et met le feu à l’île, ce qui fait évidemment des dégâts considérables que Philippe-Auguste tente de rattraper par la suite, ajoutant ainsi le nouveau style architectural normand à la riche et disparate exposition déjà en place ; lequel style est visible notamment avec le cloître, achevé en 1228 ►

vue sur la baie depuis le réfectoire

vue sur la baie depuis le réfectoire

Mont Saint-Michel moss

cette mousse n’a rien à voir mais je la trouvais mignonne

Après la guerre de Cent Ans (1337-1453), la résistance dont a fait preuve le Mont face aux assauts et sièges successifs des Anglais en a certes fait un symbole national, mais n’a cependant pas suffit à protéger la religiosité de l’endroit, qui se retrouve prison d’état dès Louis XI (1423-83) et ce jusqu’en 1863. Le nombre de religieux sur place (dont les mœurs sont reparties en banane : certains y résidant avec leurs enfants) chute drastiquement alors que la quantité de prisonniers grimpe sans cesse transformant ainsi les pièces dédiées à la sobre vie monastique en salles de travail : ils sont 650 à devoir être déplacés lors du nouveau changement de qualité de l’établissement.

Et la suite au prochain épisode sur l’abbaye du Mont Saint-Michel parce que là c’est déjà très long. Mais pour finir en beauté : l’archange Saint-Michel ornant la flèche de l’abbaye depuis 1898, issu des ateliers Monduit.

Mont Saint-Michel flèche

mais si, on voit très bien, ça suffit de se plaindre