La Thaïlande en 6 détails

1. Les prises électriques sont comme les françaises, mais à la verticale, ce qui est assez pratique.

2. Peur de rien en terme de formats publicitaires.

3. Dans les transports, il faut laisser la priorité aux personnes enceintes, âgées, handicapées et aux moines.

merci de céder ce siège aux moines

4. Il ne faut jamais diriger la plante de ses pieds vers quelqu’un, car c’est la partie la plus impure du corps et qu’il s’agit donc d’une grave insulte. Dans un temple, sur les tapis / la moquette devant un bouddha doré par exemple, il ne faut surtout pas s’asseoir avec les jambes tendues ! Des touristes se sont fait réprimander devant nous à ce sujet, à moitié en thaï et vaguement en anglais.

Par soucis de neutralité, j’illustrerai ce point avec les pieds en travaux du Bouddha couché du wat Pho.

5. Les non-porteurs de pénis doivent à tout prix éviter d’approcher les moines, car ces derniers ont fait vœu d’abstinence et que cela reviendrait donc à les tenter de pécher. Après, en quoi c’est notre problème qu’ils aient fait vœu de chasteté et pourquoi on doit calculer nos déplacements en fonction de leurs choix, j’ai pas bien compris. Mais bon le meilleur moyen de montrer sa résistance à la tentation c’est encore d’obliger les autres à ne pas nous tenter, c’est bien connu, et puis au moins c’est un argument qui ne change pas quelle que soit la religion, donc ça nous évite d’être dépaysé.e.s.

6. Utiliser l’image de Bouddha à des fins décoratives est une insulte également, quel que soit le support (en tatouage, en tee-shirt, en presse-papier ou que sais-je), en plus d’être illégal, et c’est d’ailleurs la première chose affichée aux guichets de la douane. (La photo ci-contre vient du temple Phra Singh à Chiang Mai car il est évidemment interdit de prendre des photos des douanes). Les têtes séparées du reste du corps sont pires que tout, car cela signifie qu’on a décapité Bouddha. Si l’on possède un Bouddha en médiation chez soi pour raisons religieuses, il doit être placé au dessus du niveau des hanches des habitants (donc sur une table et pas au sol).

Évidemment, ça n’empêche pas les boutiques d’en vendre à tire-larigot, sous toutes les formes possibles, un peu comme l’iconographie religieuse florissante de notre joyeux royaume franc (j’ai moi-même un fabuleux débardeur avec un Jésus en néon).

Publicités

Publicités pour seins : entre uniformisation esthétique et infantilisation

Lorsque nous n’avions pas encore d’accès stable aux internets, L. était obligée d’étancher sa soif de The Big Bang Theory en passant par la télévision, laquelle en profitait bien sûr allègrement pour nous déverser entre les deux oreilles son habituel flot de bêtises. Parmi cette continuité plus ou moins inventive se trouvèrent parfois des perles qui nous laissèrent incrédules (voire franchement mal à l’aise) sur le bord du canapé.

Rebecca, photo extraite du site de MYA

Rebecca, photo extraite du site de MYA

La publicité de la société de chirurgie esthétique MYA (pour Make Yourself Amazing, ou « Faites vous extraordinaire » ) est de celles-là. On nous y présente Rebecca, qui aurait soi-disant intégré l’équipe en tant que « patient coordinator » ( « coordinatrice [des soins aux] patients » ou quelque chose comme ça) suite à ses propres consultations / opération(s) qui l’auraient enchantée.

 Tant mieux, d’un côté : ça fait toujours une personne de plus contente de son sort.

Néanmoins, et c’est ce qui me dérange le plus dans cette industrie, j’ai vraiment l’impression qu’on nous vend un objectif esthétique extrêmement conventionnel et ne tolérant pas les aspérités.

Promouvoir ce que certains nomment l’ « orthodoxie corporelle » c’est vendre de l’uniformisation en misant sur l’angoisse de la différence qui ronge une partie d’entre nous. Capitaliser sur le mal-être de ses congénères donc, ce qui est un peu dur à digérer même lorsqu’il est délicat de différencier une volonté personnelle de la conséquence de pressions extérieures.

la société : Sois toi-même. Non. Pas comme ça.

la société : Sois toi-même. Non. Pas comme ça.

La seconde publicité qui nous a semblé un peu étrange est passée à la radio un jour où N., une des profs de français, nous déposait à Cork. Il s’agit d’un des supports de la très large campagne de sensibilisation qui veut pousser les Irlandaises à allaiter davantage leurs nourrissons. Malheureusement, je n’ai pas pu la retrouver, mais moult articles s’en font l’écho.

breastfeeding website menu allaitementTechniquement, je n’ai rien pour ou contre l’allaitement. Évidemment qu’on doit rester maître de son corps et décider pour soi. Cependant, ce type de campagnes me court sur le haricot à cause des arguments et du ton employés (et ce jusque sur le site officiel de la campagne ►).

Les personnes susceptibles d’allaiter sont réduites à ce seul rôle par la plupart des auteurs : de personnes elles ne deviennent même pas « mère » mais « maman » ou « m’man » (mum) ; quand leur progéniture est « bébé » (baby) au lieu de « votre enfant/engeance/invocation démoniaque ».

Pourrait-on cesser de parler aux gens comme s’ils avaient tout juste fêté leurs deux ans de vie terrestre ?

en tout cas, c'est pas la ratp qui va ouvrir le bal

en tout cas, c’est pas la ratp qui va ouvrir le bal

Antithèse par Etam

Aujourd’hui entracte râlage et demain escale à Bangor.

« Etam » , c’est aussi « 1, 2, 3 » et « Undiz ». C’est 1,217 milliards d’euros (soit tout ça 1 217 000 000) de chiffre d’affaire en 2012. Et c’est la marque dont le boss nous dit dans une interview au Point que si ses vêtements sont fabriqués entre autre en Chine et en Tunisie c’est parce que faire ça en France « Vu le poids des charges sociales, seul le luxe peut se l’autoriser » . Oui bon d’accord ce sont aussi des pays où le droit du travail est une vaste blague et où parfois les usines s’effondrent et tuent des centaines de gens mais on va quand même pas rogner sur 1,217 milliards d’euros de chiffre d’affaire pour garantir quelques vagues droits de l’homme à de pauvres inconnus quand même ? Autant dire qu’en matière de contradictions franches et directes chez Etam ils ne s’embarrassent même pas de vagues fumigènes pour nous brouiller le regard, ils balancent tout comme ça, pouf :

antithese par EtamQue cherche à exprimer la mannequin dans ce cliché ? Car si les vœux figurant sur la gauche sont au moins pour un tiers d’entre eux cohérents avec l’objectif affiché par le groupe sur son site internet : « A travers ses marques ETAM, 1.2.3 et Undiz, le Groupe ETAM révèle son ambition de rendre les femmes plus belles » ;  qu’en est-il de la drôlerie ou de la brillance ?

Bon alors après certes, les goûts et les couleurs, admettons. Peut-être que certaines personnes, confrontées à ce mail de bonne année, considèrent que l’illustration fournie est tout à fait dans la lignée de l’écrit.

Toutefois, si j’estime que ces vœux illustrés tiennent de l’antithèse, c’est dans la réunion en une même image de ces vœux écrits avec la photo de ce mannequin, les deux éléments rassemblés provoquant une impression de franche contradiction. Parce que ce mannequin est peut-être très jolie aux yeux de certains mais son regard est mort, elle ne sourit pas, sa bouche est vaguement entrouverte – mais pour quoi faire ? Que fiche-t-elle avec une chaussure dans la main ? Est-ce une référence ratée à Cendrillon (ratée car je n’espère pas que le groupe Etam souhaite réellement à ses clients de perdre une chaussure en rentrant chez eux ni de devoir se faire secourir par un bellâtre inconnu) ? Pourquoi est-elle habillée en noir ? Pourquoi le fond de cette image est-il si sombre ? La marque Etam est-elle si triste d’enterrer 2014 ?

Ou est la beauté là-dedans ? La jeune femme est juste sur-maquillée, sous-habillée et complètement morte. Est-ce là vraiment l’idée qu’Etam se fait de la beauté ?

C’est le problème principal de cette image je pense dans la mesure où une telle contradiction apparente nous pousse à nous demander quelle est l’idée sous-jacente, celle qui motive la mobilisation d’une telle figure de style reposant sur l’articulation de l’écrit avec son illustration. Une explication simpliste pourrait être de croire qu’Etam prend ses clients pour des débiles, ou des zombis maquillés (ce qui est peut-être à la mode après tout).

Et si ça m’agace à ce point c’est parce que j’ai tenté de me désinscrire de leur fichue mailing liste un nombre certain de fois et que je continue quand même à recevoir ce type d’insultes.