Paris : visite du palais bourbon à l’assemblée nationale

assemblee nationale hemicycleFace à la place de la Concorde, de l’autre côté de la Seine, trône un massif palais pierreux avec colonnes de façade. Construit au XVIIIème siècle sur demande de Louise-Françoise de Bourbon (1673-1743), fille de Louis XIV et de Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart (dite « la Montespan » ), il change de propriétaires après la révolution française suite aux réductions familiales alors opérées, puis retourne aux Bourbons lors de la restauration qui porte leur nom, avant de re-basculer en 1827 dans le giron de l’État.

C’est là que siègent les 577 députés élus par leurs concitoyens aux législatives de 2012, mais le bâtiment ne représente qu’un dixième de la structure d’ensemble, laquelle comporte également moult aménagements offrant à ses occupants le gîte, le couvert et autres alcôves confortables où exercer leur dur labeur.

cet impressionnant dispositif requiert évidemment un apprentissage assidu afin d'être manié correctement, c'est pourquoi tant de députés disent parfois se "tromper" de bouton, à cause de la fatigue résultant de leurs innombrables tâches

cet impressionnant dispositif requiert évidemment un apprentissage assidu afin d’être manié correctement, c’est pourquoi tant de députés disent parfois se « tromper » de bouton, à cause de la fatigue résultant de leurs innombrables tâches

assemblee nationale galerie des fetesCet été, Claude Bartolone, président de l’assemblée nationale, souhaitant redorer quelque peu le blason de cette institution – étant donné notamment ses privilèges, coût et taux d’absentéisme aberrants  – a ouvert ses portes sous conditions aux gueux plébéiens que nous sommes. En temps normal, il faut solliciter son député parce que c’est le peuple qui gouverne mais quand même pas trop non plus on vient de faire cirer les parquets.

Il fallait donc réserver un des horaires disponibles sur les jours proposés et se pointer le jour prévu avec une pièce d’identité. La dame chargée de la visite de notre petit groupe était à la fois intéressante et dévouée à l’institution, mais toute l’instruction du monde ne peut faire disparaître les statues, peintures et autres marbres des yeux des visiteurs qui en finissent forcément par se dire que quand même, nos besogneux députés mènent une existence bien pénible. Par soucis d’intégrité intellectuelle, vous pouvez consulter les maigres dédommagements payés par le contribuable pour tenter de compenser ces atroces conditions de travail sur le site de l’assemblée nationale.

les génies de la vapeur sur terre et sur mer entourant la liberté (1838-47)

les génies de la vapeur sur terre et sur mer entourant la liberté (1838-47)

Une fois passée la « salle des pas perdus » (ou « salon de la paix » ) et son modeste plafond ▲ d’Horace Vernet, on progresse à travers la « salle des quatre colonnes » – au-delà de laquelle les journalistes ne peuvent aller – pour déboucher sur deux salons : le premier, dit « salon Delacroix » ou « salon du roi » sert traditionnellement de quartier général aux députés siégeant à la gauche de l’hémicycle en raison de sa position par rapport à ce dernier ; le second, dit « salon Pujol » , abrite donc ceux de droite et contient notamment une représentation des lois saliques (celles-là même qui furent utilisées pour interdire la transmission du trône de France aux femmes). Ces deux modestes antichambres sont séparées par le « salon Casimir Perier » ▼ qui donne sur la « cours d’honneur » .

Aimé-Jules Dalou, bronze de 3 tonnes représentant Mirabeau qui dit : "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes"

Aimé-Jules Dalou, bronze de 3 tonnes représentant Mirabeau qui dit : « Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes »

Le bâtiment abrite également une des bibliothèques de France les plus fournies (quoique potentiellement la seule décorée par Eugène Delacroix) bien que la plupart des ouvrages soient stockés au sous sol faute de place, à la merci des inondations potentielles. Accessible aux députés, sénateurs, représentants français au parlement européen ainsi qu’à leur collaborateurs, sa collection comporte entre autres une bible du IXème siècle, deux Roman de la Rose, l’un du XIV et l’autre du XVème siècle (le premier est consultable en ligne sur le site de l’assemblée nationale), ainsi qu’un manuscrit aztèque datant de la fin du XVème siècle dont le cartel dit qu’il a été acheté « sans que l’on ait pu déterminer comment il était parvenu en Europe » (la réponse étant qu’il a été volé aux Aztèques, au cas où quelqu’un se poserait sincèrement la question).

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Jules Garnier, Thiers proclamé "Libérateur du Territoire" lors de la séance de l'Assemblée Nationale (le 18 juin 1877)

Jules Garnier, Thiers proclamé « Libérateur du Territoire » lors de la séance de l’Assemblée Nationale (le 18 juin 1877)

Bien sur, l’assemblée a bien changé depuis le temps où, ici sous les pinceaux de Garnier, elle était uniquement riche de blancs porteurs de pénis. En 2012, pas moins de 155 femmes y sont élues. Soit une évolution proprement ébouriffante en l’espace de seulement plusieurs siècles depuis sa création ! Évolution qui, de surcroît, reflète totalement la population française, elle aussi composée d’à peine plus de 25% de femmes. Bien sûr, les couleurs de peaux miroitent elles aussi la richesse de notre pays, comme l’attestent les portraits présentés sur le site officiel de l’assemblée nationale.

Ces gens sont donc ceux qui ont voté la lois sur la surveillance systématique de tous leurs concitoyens tout en se mettant eux-même à l’abri et en invoquant le nom d’un journal satirique bien connu qui mérite mieux que ça. La liste de ceux qui ont voté contre cette loi est disponible ici, tous les autres ont soutenu activement et permis la mise en place de cette entreprise de flicage généralisée contraire aux droits de l’homme. Les prochaines élections pour leur assurer un sort juste et confortable sont en 2017.

Bonus : Victor Hugo clôt la visite de ses sages paroles, mais il ne faut pas trop chercher à comprendre sa place dans l’histoire de l’institution :

assemblee nationale victor hugo erreur 404

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En France, le droit à la vie privée n’est pas une liberté

C’est pas moi qui le dis mais notre ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, à l’Assemblée Nationale :

Si vous voyez un article de ce texte de loi qui remette en cause les libertés vous me dites où il se situe. En revanche, il y a des dispositions qui peuvent être considérées comme remettant en cause la vie privée et le droit à la vie privée.

valls cazeneuve loi anti vie privee france

Pourtant, le Conseil constitutionnel considère que la vie privée fait partie de la « liberté » garantie par l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 :

Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression.

Accessoirement, l’article 9 du Code civil dit :

Chacun a droit au respect de sa vie privée.

Et pour information, voici l’article 12 de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, tel que visible sur le site des Nations Unies :

Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d’atteintes à son honneur et à sa réputation. Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes.

Se servir de la mort des membres de Charlie Hebdo pour faire passer une loi pareille c’est quand même être un sacré fils de personne.

Amnesty International dénonce le texte et ce site propose la liste des députés pour (ils sont nombreux) et contre (ça va vite) avec les coordonnées de chacun, histoire de pouvoir leur faire part de nos ressentis au sujet de cette « loi sur le renseignement » et de les pousser à justifier l’utilité de leur fonction.