Les blocs caillouteux et rondouillards de Moeraki

À quelques minutes de la pointe de Katiki, sur le chemin du retour à Oamaru, nous avons fait halte sur la très jolie plage de Moeraki où de drôles de formations rocheuses attirent le chaland. Personnellement je vois bien que ce sont des œufs de dragons, voire le bout d’orteils de géants pour certains, mais je comprends qu’il ne faille pas trop l’ébruiter.

Soit-disant que ces formations sphériques seraient dues à l’érosion sur 4 millions d’années de précipitations de calcite dans de l’argilite il y a plus ou moins 13 à 65 millions d’années. Moi je maintiens ma version.

Informations pratiques :

Accès : Moeraki Boulders Public Parking, Moeraki Boulders Road, Hampden 9482
Il y a un petit parking au bout du chemin puis un accès aménagé à la plage

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La pointe de Katiki et son phare : repère des phoques et des pingouins

Profitant d’un après-midi ensoleillé, nous sommes partis explorer les environs d’Oamaru dans l’espoir de voir quelques pingouins (à yeux jaunes cette fois, dits aussi « hoiho » , les petits bleus étant en ville) et phoques. Nous avons tenté notre chance à la pointe de Katiki, vantée dans les guides pour de bonnes raisons.

Certains endroits sont grillagés afin que les bestioles puissent s’y reposer sans avoir à subir la compagnie des touristes, mais les plages orangées et rocailleuses à l’extrémité de la pointe sont plus ouvertes – il faut donc savoir se montrer raisonnable dans sa volonté de communier avec mère nature, la moindre des politesses étant de veiller à ne pas importuner les résidents.

On peut donc effectivement voir des pingouins se dorer la pilule à Katiki, tournant sur eux-mêmes pour suivre le soleil, tranquillement, au fur et à mesure des heures qui s’écoulent, mais aussi des pingouins-vampires qui doivent passer la journée dissimulés sous les buissons à flan de falaise pour ne pas être réduits en cendres.

La plupart des phoques à fourrure (dits « kekeno » ) adultes que nous avons vus n’étaient pas vraiment dans une phase d’activité intense (plutôt en cours de photosynthèse à vrai dire), mais les jeunes avaient l’air de bien rigoler à se nager après dans l’eau :

Informations pratiques :

Horaires : de 7h30 à 19h30, pour préserver la tranquillité des habitants à poils et plumes
Accès : Katiki Point Lighthouse, Lighthouse Road, Moeraki 9482
Il y a un petit parking au pied du phare (pas de transports en commun)

Cardiff ou Caerdydd en version originale

Cardiff street art castleCapitale du Pays de Galles depuis 1955, Cardiff en est également la ville la plus peuplée avec ses 346 mille et quelques habitants. Comme nombre de ses camarades de la région, elle a été fondée par les Romains puis investie par les Normands avant de surfer sur la révolution industrielle charbonneuse et métallique qui a agité tout le pays au XIXème siècle. Je détaillerai un peu cette histoire lors de la visite du château dans un prochain article, car le développement de cette région est étroitement lié aux décisions de la noblesse locale.

le château de Cardiff depuis le parc Bute

le château de Cardiff depuis le parc Bute

Cardiff galleryDe nos jours cependant, les docks qui ont jadis fait la richesse de la famille Bute et par ricochets de la ville elle-même servent davantage au tourisme qu’au commerce. En effet, pôle économique local et grande cité estudiantine, Cardiff accueille résidents de toujours comme visiteurs de passage et de tous horizons. Des cultures diverses s’y rencontrent et créent un mélange très rafraîchissant après plusieurs mois dans le blanc nord. La ville semble étrangement divisée en deux pôles distincts : son cœur grouillant à visiter à la fermeture sous peine de ne rien voir (et ça aurait tout de même été dommage de passer à côté de « Madame Fromage » ◄), où l’on zigzague d’allées couvertes appelées arcades en ruelles piétonnes depuis le château jusqu’à la gare, et son bord de mer marchand peuplé de restaurants et animé d’un centre culturel et sportif, d’autant plus vivant que l’heure avance et que la semaine arrive à son terme.

en orange sur la droite

en orange sur la droite

C’est lors d’une promenade sur ce dernier que, tentant d’immortaliser les jolis jeux de lumières que les néons projetaient sur les vagues en contrebas, je me suis à moitié fait agresser par une dame d’un âge honorable et dans un état d’ébriété certain. Elle m’a attrapée de dos par dessus mon sac, m’encerclant complètement de ses bras, et a tenté de me secouer en comptant moitié en anglais moitié en gallois. Étant donné nos formats respectifs, elle n’est pas arrivée à grand chose et à rapidement abandonné pour m’ordonner plutôt de la prendre en photo, prenant dans la foulée la pose en s’avachissant sur la rambarde. Face à mon refus poli, elle s’est fendu d’un très distingué « well fuck off then » (qui peut se traduire comme approchant le « ben va te faire foutre alors » ) et est repartie avec ses amies qui n’ont à aucun moment jugé bon d’intervenir. Néanmoins, comme je suis sympa, je l’ai quand même prise en photo ▲

et les reflets en question

et les reflets en question

revisitation du Voyage vers l'ouest

revisitation du Voyage vers l’ouest

(Évidemment, je ne partage pas cet épisode uniquement pour le plaisir de râler sur les habitudes socio-ethniques de l’autochtone. J’en profite simplement pour souligner que lors de ce week-end où le pouls de la ville battait au rythme du tournoi des six nations retransmis dans tous les bars, les hommes que j’ai vu pisser contre la vitrine des magasins à 20h, tout comme celles et ceux qui ne marchaient déjà plus debout à 18 ou vomissaient généreusement à droite à gauche, avaient depuis longtemps passé l’âge de la crise d’adolescence).

marché couvert de Cardiff, entre l'église de saint Jean-Baptiste et la place Victoria

marché couvert de Cardiff, entre l’église de saint Jean-Baptiste et la place Victoria

dragon du parc Bute

dragon du parc Bute

Globalement, la ville me semble plus proche de Londres que de Manchester par exemple. Certes, les briques rouge sont légion, mais les espaces verts également.

Pour ce qui est de l’aspect « pratique » : le trop grand centre commercial saint David (dans lequel je me suis peut-être momentanément perdue, nous ne le saurons jamais) est ouvert jusqu’au soir, ce qui permet d’avoir accès à des toilettes gratuites et relativement propres. Attention cependant, l’eau des lavabos est brûlante – ainsi que nous en informent les encarts explicatifs à côté des robinets – et empêche donc à la fois de se laver longuement les mains et de se ravitailler en eau potable. Pour ce faire, il faut donc visiter l’atelier réfection de bébés à l’entrée des toilettes pour femmes, où la température du robinet est réglable (moyennant le regard accusateur des grands-mères de passage). Il y a deux boutiques de la chaîne Prêt à Manger : une dans ce même centre commercial ainsi qu’une sur Queen street, qui permettent de récupérer un sandwich à 2£ et un brownie à 1.50 par exemple. Les cafés ferment entre 17h et 17h30, ce pays est désespérant.

heureusement c'est le printemps et y'a plein de fleurs poilues pour nous remonter le moral !

heureusement c’est le printemps et y’a plein de fleurs poilues pour nous remonter le moral !

La ville abrite également l’assemblée nationale du Pays de Galles au milieu des restaurants de sa baie ainsi que moult productions artistiques ouvertes à l’interprétation. J’ai par exemple personnellement décidé que ceci était une fibule pour cape de géant :

Cardiff modern street art

Le château de Caernarfon

Porte du roi

Porte du roi

Ancienne motte castrale, rebâtie en dur à partir de 1283 par Edward Ier lors de son invasion du Pays de Galles (le dernier roi local – Llywelyn ap Gruffudd – avait en effet refusé de lui prêter allégeance et ça a blessé son égo, alors il a lancé son armée à travers tout le territoire et construit des places fortes pour que plus jamais personne ne se rebelle contre sa grosse autorité), c’est désormais le château le plus connu de cette belle région du Royaume-Uni qui n’a donc de royaume comme d’uni que le nom.

de la tour de l'aigle vers la porte de la reine

de la tour de l’aigle vers la porte de la reine

trône du Charles lors de son investiture

trône du Charles lors de son investiture

Malheureusement, il a lourdement payé les conflits du coin et sa conservation extérieure plutôt admirable renferme essentiellement des ruines. Les salles au rez-de-chaussée des tours proposent des expositions sur l’histoire de la bâtisse ou la fascinante arborescence familiale du sang bleu de Grande-Bretagne. En effet, l’héritier du trône devient automatiquement le glorieux porteur du titre tout aussi honorifique qu’inutile de « Prince du Pays de Galles » dès son accès à la fonction. « Fonction » étant ici essentiellement employé par politesse dans la mesure où ces braves gens ne servent à rien.

La dernière investiture en date a donc eu lieu sur la verdoyante pelouse du château de Caernarfon et a vu l’actuelle reine lancer en 1969 la carrière à venir de son fils aîné en tant que plus vieil héritier de toute l’histoire du pays. Il est également le plus patient car jamais futur roi n’a eu à attendre son royal siège plus longtemps.

vue sur la ville depuis la tour de l'aigle

vue sur la ville depuis la tour de l’aigle

Caernarfon castle hallwayComme pour le château de Conwy, il y fait très froid, avec un éclairage minimal ou inexistant, des escaliers partout, des tournants à foison, les plafonds des coursives ne sont pas hauts et les marches à la fois grandes et étroites. Le bâtiment n’est donc pas accessible aux personnes peu à l’aise avec leurs articulations, pour les autres il y a des cordes afin de s’aider un peu lors des inévitables affrontements contre les escaliers les plus abruptes, tout va bien.

Néanmoins, la visite est instructive et notre grimpette fut récompensée à la fois par la torture de M. qui avait des courbatures car c’est ce qui arrive quand on se pique de courir sur la plage et une très jolie vue sur l’embouchure du détroit de Ménai d’un côté (Bangor montant la garde à l’autre bout) et les montagnes parfois presque enneigées du parc national de Snowdonia de l’autre :

vers le sud de l'île d'Anglesey

vers le sud de l’île d’Anglesey

Caernarfon castle  Snowdonia viewEn plus y’a des vitraux en français ►

Le château en lui-même n’a jamais été fini et certaines parties étaient donc encore au stade embryonnaire quand les destructions suite aux multiples soulèvements gallois ont commencé. Il est ainsi passé temporairement dans les mains des locaux dès 1294 puis a été assiégé au tout début du XVème siècle. Seule l’accession au pouvoir royal par la dynastie des Tudor, des Gallois, fin XVème a permis d’apaiser les relations tendues entre ces derniers et leurs occupants Anglais, amenant également un désintérêt pour les places fortes locales… Du moins jusqu’à la guerre civile mi-XVIIème siècle. De fait, la « porte de la reine » par exemple tient en réalité davantage d’une vague terrasse à plusieurs mètres au-dessus du niveau de la mer que d’un accès au mur d’enceinte.

Les travaux de restauration vont bon train et certaines chambres, quoique vides de tout mobilier intéressant, sont visitables :

Caernarfon castle  room

Pour les détails pécuniaires : l’entrée est à 5,10£ pour célébrer à la fois la force et la vigueur de la jeunesse ainsi que la sagesse et la bonne humeur des porteurs de mémoire, ou à 6,75£ pour les démunis de carte étudiante et autres hanches en plastique.

Quota poulet assuré ce jour par une gargouille de muraille érodée :

Et aussi de nuit ça donne ça :

piou-piouuuu

piou-piouuuu

Bangor : l’université en bord de mer

Bangor portBangor cathedralLa ville de Bangor au nord du Pays de Galles est nichée à l’embouchure du détroit de Menai, ce bras de mer séparant l’île d’Anglesey du reste du pays. Elle partage son nom avec deux autres localités situées en Irlande du Nord et dans le Morbihan. En effet, la ville s’est développée autour d’un monastère construit au début du VIème siècle (aujourd’hui complètement transformé en une cathédrale ► mainte fois retouchée), lequel s’est piqué d’évangéliser ses voisins par essaimage envahissant. Du coup maintenant on a trois villes qui s’appellent pareil, c’est bien pratique.

vue depuis l'université : trouvez Valérie Damidot

vue depuis l’université : trouvez Valérie Damidot

Bangor stone housesLe côté religieux austère persiste au sein de la ville grâce à une certaine domination écrasante de gris : des galets sur la plage au ciel menaçant en passant par les maisons elles-mêmes, on assiste à un défilé de nuances à faire pâlir E.L. James (oui j’ose, c’est à ça qu’on nous reconnaît).

Comme manifestement à peu près partout dans ces contrées barbares, il a fallu reconvertir une partie des églises en autres choses afin de conserver les bâtiments tout en faisant de la place pour les vrais gens qui paient des impôts et un loyer. C’est ainsi que nombre d’étudiants logent apparemment dans d’anciennes bâtisses religieuses, ce que je trouve personnellement extrêmement classieux.

Bangor beachBangor universityLa rue principale débouche sur un port de plaisance et une jetée où le vent glacial a failli avoir raison de notre détermination touristique. Aussi pour nous réchauffer avons-nous entamé l’ascension vers l’université, une autre incarnation de Pouldlard. Elle date de la fin du XIXème et motiverait n’importe qui à devenir un rat de bibliothèque acharné. Point de photo de la-dite bibliothèque malheureusement car il fallait une carte pour entrer et que nous avons donc dû nous contenter d’admirer ses hautes voûtes ornées depuis le froid du dehors. Tristesse.Bangor street signs

Grâce notamment à sa population étudiante, la ville est bien plus animée que ses proches voisines. La totalité des adultes et jeunes enfants que j’ai entendu discuter cependant utilisaient le gallois entre eux, voire avec les serveuses pas forcément du coin et donc parfois perplexes, comme quoi il est tout à fait possible de conjuguer les deux au sein d’une même communauté sans que cela n’entraîne une guerre civile et/ou l’annihilation culturelle d’un groupe. Au pire vous avez une part de tarte aux pommes au lieu d’un thé, bon.

Au sol, sur toute la longueur de la rue commerçante, des dalles bilingues ► commémorent divers évènements allant d’une épidémie particulièrement meurtrière à la fondation du club de football local (en 1876 pour ceux qui se poseraient la question).

Aujourd’hui, pour le quota poulets volants :

vue depuis la jetée vers le pont reliant l'île d'Anglesey à l'est du Pays de Galles

vue depuis la jetée vers le pont reliant l’île d’Anglesey à l’est du Pays de Galles

Et un petit coup d’humour gallois :

Bangor university door