La Thaïlande : désaxage sous les dorures, les plus et les moins

la Thaïlande a certains des plus chouettes gardiens du monde

Si j’aime bien rigoler sur l’aspect « bling-bling » qu’impliquent les-dites dorures, le fait est qu’on en a pris plein les mirettes et que le décalage – esthétique mais pas seulement – entre la France et la Thaïlande peut créer quelques situations de déséquilibre référentiel (sachant que je pars d’une grille française de métropole). La déférence envers le roi défunt par exemple est tellement omniprésente qu’on s’est presque fait un jeu d’inspecter tous les endroits possibles où un autel pourrait se dissimuler, comme évoqué dans l’article sur Bangkok. Mais l’expérience de l’étrangeté du pays ne se résume bien évidemment pas à sa politique, aussi ais-je essayé de réunir quelques éléments qui ont retenu mon attention pendant notre séjour.

Tout d’abord, essentiellement parce que je n’avais jamais fait attention auparavant et que les représentations de Bouddha sont légion en Thaïlande, j’ai appris ici qu’il avait les pieds plats.

Aussi, les bouteilles et canettes offertes aux statues sont généralement ouvertes et munies de paille, les statues elles-mêmes sont souvent vêtues, ce qui n’est il est vrai pas exclusif au pays mais toujours sympa pour elles.

Autre détail : les canalisations ne pouvant souvent pas supporter le papier toilette, il est recommandé de jeter ce dernier dans une poubelle à côté de la cuvette. Ceci ne pose de soucis qu’aux personnes habituées au papier ou dans les WC dépourvus de douchette, certes, mais ça peut en dérouter certains.

À Bangkok, certains centres commerciaux de luxe ressemblent à ceux qu’on croise n’importe où ailleurs dans les capitales du monde. Celui dans lequel je ne me suis pas du tout perdue possédait notamment  une cascade. Nous avons profité des connaissances urbaines de nos hôtes pour y tester un cinéma, où il est de coutume de se lever avant le début du film pour regarder, si possible avec des étoiles dans les yeux, une vidéo présentant le roi, sa vie et son œuvre.

Par contre, certains aspects m’ont nettement moins plu, à commencer par le nombre de chiens et chats souffrants et laissés à l’abandon, en pleine ville.

un chat du wat Arun pour illustrer ce point, maigre mais au moins pas trop maladif

Météorologiquement parlant, la chaleur et l’humidité peuvent se montrer très pénibles selon l’état de santé des visiteurs, attention donc à vous renseigner avant de partir.

Enfin, si Bangkok et Chiang Mai sont réputées pour être plutôt tranquilles, ça n’est pas le cas d’une partie des îles, dont celle de Kho Tao, vendue comme un paradis mais où plusieurs touristes ainsi que travailleurs étrangers ont trouvé la mort. Beaucoup de suicidés par pendaison aux dires de la police, certaines victimes avaient toutefois les deux mains attachées dans le dos, ce qui pourrait faire douter de l’approche des forces de l’ordre. Prudence, donc.

La Thaïlande en 6 détails

1. Les prises électriques sont comme les françaises, mais à la verticale, ce qui est assez pratique.

2. Peur de rien en terme de formats publicitaires.

3. Dans les transports, il faut laisser la priorité aux personnes enceintes, âgées, handicapées et aux moines.

merci de céder ce siège aux moines

4. Il ne faut jamais diriger la plante de ses pieds vers quelqu’un, car c’est la partie la plus impure du corps et qu’il s’agit donc d’une grave insulte. Dans un temple, sur les tapis / la moquette devant un bouddha doré par exemple, il ne faut surtout pas s’asseoir avec les jambes tendues ! Des touristes se sont fait réprimander devant nous à ce sujet, à moitié en thaï et vaguement en anglais.

Par soucis de neutralité, j’illustrerai ce point avec les pieds en travaux du Bouddha couché du wat Pho.

5. Les non-porteurs de pénis doivent à tout prix éviter d’approcher les moines, car ces derniers ont fait vœu d’abstinence et que cela reviendrait donc à les tenter de pécher. Après, en quoi c’est notre problème qu’ils aient fait vœu de chasteté et pourquoi on doit calculer nos déplacements en fonction de leurs choix, j’ai pas bien compris. Mais bon le meilleur moyen de montrer sa résistance à la tentation c’est encore d’obliger les autres à ne pas nous tenter, c’est bien connu, et puis au moins c’est un argument qui ne change pas quelle que soit la religion, donc ça nous évite d’être dépaysé.e.s.

6. Utiliser l’image de Bouddha à des fins décoratives est une insulte également, quel que soit le support (en tatouage, en tee-shirt, en presse-papier ou que sais-je), en plus d’être illégal, et c’est d’ailleurs la première chose affichée aux guichets de la douane. (La photo ci-contre vient du temple Phra Singh à Chiang Mai car il est évidemment interdit de prendre des photos des douanes). Les têtes séparées du reste du corps sont pires que tout, car cela signifie qu’on a décapité Bouddha. Si l’on possède un Bouddha en médiation chez soi pour raisons religieuses, il doit être placé au dessus du niveau des hanches des habitants (donc sur une table et pas au sol).

Évidemment, ça n’empêche pas les boutiques d’en vendre à tire-larigot, sous toutes les formes possibles, un peu comme l’iconographie religieuse florissante de notre joyeux royaume franc (j’ai moi-même un fabuleux débardeur avec un Jésus en néon).

Le wat Phrathat Doi Suthep à Chiang Mai : premier sur le bling-bling

Le temple Phrathat Doi Suthep (ou พระธาตุดอยสุเทพ) siège à plus de 1600 mètres de haut, sur le mont Suthep à l’ouest de Chiang Mai. Sa fondation légendaire, qui implique un ermite, un éléphant blanc ainsi qu’une demie omoplate de Bouddha, le fait remonter à la fin du XIVème siècle, sans qu’on puisse le dater avec certitude.

dos au début des marches, vers le parking

Le complexe est vaste, arboré et comprend différentes boutiques de souvenirs et d’offrandes, une très grande terrasse avec vue sur la ville et les baraquements des moines, différents pavillons (dont un où les visiteurs peuvent demander aux officiants de les purifier et bénir) ainsi qu’une multitudes d’autels, permettant ainsi à chacun d’aller saluer l’entité qui a ses faveurs sur le moment, moyennant parfois une file d’attente cependant.

Si la cohabitation des imageries bouddhistes et hindouistes ne surprend plus après la visite de quelques de temples, il faut néanmoins admettre que le Phrathat Doi Suthep est dans une toute autre cour niveau dorures. Elles sont en effet absolument partout, des dalles aux toitures en passant par les broderies sur les étoles des statues, aussi l’avons-nous élu premier de notre classement du bling-bling haut la main.

Son architecture, sa taille ainsi que sa relative proximité avec la ville en font un site touristique très fréquenté, où de surcroît les marchands du temple sont légion.Pour plus d’espace, moins de touristes et une toute aussi belle vue mais moins de dorures, je conseille le wat Phra That Doi Kham. À noter également : il faut grimper un peu plus de 300 marches pour y accéder, mais pour les personnes ayant du mal avec ce type d’exercices il est possible d’acheter un trajet en funiculaire (pour précision, le funiculaire facilite la montée, mais il faut néanmoins être capable de marcher, plusieurs sections ne sont pas accessibles aux fauteuils). L’escalier débute avec de gigantesques nagas pour s’achever sur des gardiens qui ressemblent à des lions et dont tous les recoins ont été soigneusement décorés :

Bonus triade sacrée : le bouddha doré option jugement, le bouddha doré option sourire en coin et le retour du dieu du swag ▼

Pour nous y rendre, nous avons pris comme la veille un tuk-tuk, à 200 bahts (environ 5 euros) par personne pour un aller et retour avec plusieurs escales (à mi-chemin de la montagne pour la vue, puis au pied, pour une petite balade jusqu’à une cascade, au retour).

Informations pratiques :

30 bahts pour les étrangers, gratuit pour les thaïlandais
tous les jours, 6h – 18h

Le wat Phra That Doi Kham à Chiang Mai : le temple du swag

sortie du complexe, vers le parking et le marché

Sur les hauteurs au sud-ouest de la ville, au bout d’une longue impasse escaladant la forêt, se dresse le complexe du Phra That Doi Kham : le temple de la montagne dorée (ou พระธาตุดอยคำ).

avec de forts chatoyantes toitures

La montagne en question était apparemment un repaire de démons anthropophages qui, incapables de faire face à la bonté de Bouddha, se sont convertis pour suivre son enseignement (et ont arrêté de manger des humains dans la foulée). Pour fêter ça, un temple aurait été bâti au sommet, à la fin du VIIème siècle, malheureusement laissé à l’abandon à un tournant indéterminé de l’histoire. En 1966, des habitants des environs explorent la forêt et découvrent une salle pleine de statues de bouddhas, ce qui relance le succès du lieu.

À l’entrée du temple, très fréquenté, un parking et un petit marché se disputent l’espace disponible avant de peu à peu céder la place aux bâtiments religieux. L’accès au complexe est libre, sous réserve bien sûr d’y respecter les mêmes règles que dans les autres temples, mais les dons sont appréciés (et parfois plantés dans des colonnes de polystyrènes, par les fidèles ou les moines) ►

Le temple propose de nombreux gongs aux visiteurs, le but étant de les frotter jusqu’à ce qu’ils résonnent, mais je n’ai pas compris s’ils permettaient de se purifier, de réaliser des souhaits ou autre (et les articles qui pourraient en parler sont payants sur Jstor donc le mystère restera entier) ; apparemment, c’est plus facile avec les mains humides, ce qui tombe plutôt bien avec la chaleur permanente. J. a fait sonner tous les gongs qu’elle a essayé bien plus vite que tous ses prédécesseurs (et moult visiteurs ont filmé ses exploits), espérons donc que c’est bon signe.

Attraction importante du lieu, la vaste terrasse offre une très belle vue sur toute la vallée en contrebas, voire sur les montagnes en face lorsqu’il ne fait pas trop chaud.

Concernant les offrandes directes, il est possible de déposer des fleurs (en colliers, en bouquets, etc.), des feuilles d’or, des pièces, de la nourriture, des boissons (souvent ouvertes, munies d’une paille, mais pas obligatoirement) de l’encens, des bijoux ainsi que des vêtements, auprès de certains autels.

Sans véhicule, il n’est pas facile d’accès, aussi avons-nous préféré recourir aux services d’un tuk-tuk pour 200 bahts (soit environ 5 euros) par personne aller-retour. Il est tout à fait possible de négocier moins, mais avec la distance, la chaleur et l’obligation de nous attendre, nous ne nous sentions pas à l’aise à l’idée de jouer les pingres pour une telle somme.

Bonus gardien différent du jour :

Informations pratiques :

tous les jours, 6h – 18h
gratuit

Le wat Kuan Kama à Chiang Mai ou le temple du poney

Le complexe a été bâti à la fin du XVème siècle, sur l’ancien jardin d’un palefrenier et soldat du souverain local, en l’honneur de son fidèle destrier. Si vous tendez les globes oculaires vers les multiples statues équines (dorées bien sûr) ornant le lieu, vous verrez que leurs auteurs ont pris soin de représenter tous leurs attributs.

Évidemment, ce n’est pas parce qu’on se met soudain à ériger des temples pour de braves animaux dévoués qu’on doit pour autant renverser l’ordre du monde.

Ainsi, nous étions soulagés d’apprendre qu’une partie du complexe était interdite à la moitié de l’humanité. Car des poneys honorables, après tout pourquoi pas, mais des femmes c’est quand même un peu abusé.

Après avoir malheureusement dû écouter un touriste jouer avec le gong à l’extérieur du bâtiment principal (auquel les femmes ont le droit d’accéder), nous sommes allés saluer le Bouddha à l’auréole de néon qui trônait sur l’autel :

Sorti du petit côté misogyne sympathique, ce temple présente surtout une occasion de faire une petite pause marrante au milieu de ce quartier très touristique et chargé de Chiang Mai, les terrasses des cafés étant souvent pleines et débordant sur la route.

Bonus statue de qualité (pas une femme cheval donc, un homme, bien sûr) :

Informations pratiques:

entrée rue Sri Poom
gratuit